Ethiel Failde : pour l’amour du danzon

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Tandis que dans le monde entier la voix des artistes semble s’être tue par la faute de la pandémie, il est à Cuba un musicien qui jamais ne s’est arrêté : Ethiel Failde, directeur de l’Orquesta Failde, arrière-arrière-petit-neveu du compositeur Miguel Failde, à qui on doit le tout premier danzon.

Il y a un an, premier week-end de confinement à La Havane, Ethiel Failde invite la célèbre chanteuse Omara Portuondo pour un concert en streaming. Tournage en plein air, distanciation physique et conseil à rester chez soi de rigueur. Les esprits moqueurs argueront que c’est pour mieux préserver son audience. Il faut dire qu’à Cuba les amateurs de danzon appartiennent généralement à une classe d’âge respectable.

Avec sa gueule d’ange et sa bienveillance, il a tout du petit-fils idéal. La vérité est qu’Ethiel est un vrai gentil, mais aussi un bosseur qui ambitionne beaucoup plus que la coqueluche des mamies. Désormais, le jeune flûtiste veut s’adresser à tous les publics.

Le danzon, très populaire à Cuba entre 1880 et 1920, s’inscrit chronologiquement entre la contradanza, héritière de la contredanse française, et le son cubano, à l’origine de la salsa. Son acte de naissance officiel remonte au 1er janvier 1879, date de la présentation par Miguel Failde de Las Alturas de Simpson au Liceo de Matanzas. Un succès immédiat ! Pour tous les compositeurs, le genre reste une figure imposée.

Une histoire familiale retrouvée

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son patronyme, Ethiel Fernández Failde n’a pas grandi dans une famille de musiciens, le dernier de la lignée ayant été son arrière-grand-père Candido, violoniste et pédagogue réputé à Matanzas. C’est par la danse qu’Ethiel fait connaissance avec le danzon alors qu’il n’est encore qu’écolier. Ayant opté presque par hasard pour des études musicales, c’est naturellement qu’il s’intéresse à l’œuvre de son aïeul. Le livre d’Osvaldo Castillo Failde « Miguel Failde, creador musical del danzon » sera pour le jeune garçon une révélation.

Au moment de sa création en 2008, l’Orquesta Típica Miguel Failde n’est encore qu’un projet scolaire. Il faudra attendre 2012 pour le voir se produire en tant qu’ensemble professionnel. En 2016, un premier album, Llego la Failde, pose les bases musicales.

Un répertoire de classiques et un album avec Omara Portuondo

Si, logiquement, Las Alturas de Simpson fait l’ouverture, le musicien n’exploite pas les 144 danzones composés par son aïeul. As Time Goes By, magnifique arrangement du thème de Casablanca sera la marque de fabrique du groupe, Almendra, un des danzones les plus connus, son titre emblématique. Ce qui est remarquable chez Failde, c’est sa capacité à faire des tubes à partir des pièces classiques.

En 2019, Ethiel s’associe avec Omara Portuondo pour célébrer le centenaire de la naissance de Benny More. Si Siempre Tu Voz apparaît comme un album de commande, il permettra à l’Orquesta Failde de prendre le virage de la musique populaire. Sa composition le rapproche plus de la charanga que de l’orchestre classique, au grand dam de ceux qui lui reprochent un certain manque d’académisme. Cette configuration et la présence des deux vocalistes Yerlanis Junco et Yurisán Hernández lui permettent d’aborder tous les styles musicaux, du mambo au chachachá, du son à la timba.

En 2020, un troisième opus intitulé Failde con Tumbao est l’occasion pour l’Orquesta Failde de dévoiler toutes ses facettes.

Failde con Tumbao mélange avec intelligence et bonheur reprises, compositions et (re)créations

Tiré de la bande originale du film Dangerous Moonlight, Concierto en Varsovia fut composé en 1942 par le musicien Richard Addinsell dans le style de Rachmaninoff. En 1988, le pianiste Gonzalo Rubalcaba arrange la pièce sous forme de danzon pour son album Mi Gran Pasion. C’est Alejandro Falcón qui prend la relève dans ce titre qui ouvre magnifiquement Failde Con Tumbao. Le pianiste matancero offre à Failde sa version du classique d’Ignacio Piñeiro Esas No Son Cubanas. Le chanteur portoricain Andy Montañez (ancien chanteur d’El Gran Combo) succède à Mayito Rivera qui l’avait interprété dans Cuba Now danzon. It Do Me Good, un danzon composé par Yosvanny Terry pour l’album Mardi Gras Mambo de Cubanismo et originalement interprété par John Boutté, trouve naturellement sa place dans le répertoire.

L’orchestre peut tout jouer et on pourrait lui reprocher. A la différence d’un groupe de bal qui s’efface derrière la musique, il s’empare des thèmes pour se les approprier. Le Habana de Camila Cabello est un exemple remarquable de ce dont ils sont capables. Un tube international, version chachachá, pas de prise de risques (Tout peut se jouer en chachachá) et ça marche ! La Failde ramène Habana à La Havana.

L’album présente deux (re)créations, deux pépites : Nievecita, un titre retrouvé de Miguel Failde, pour lequel Ethiel a coécrit les arrangements, mais également Me Desordeno, une pièce célèbre de la poétesse matancera Carilda Oliver Labra mise en musique par Pedro Pablo Cruz et interprétée par la diva Omara.

La chanson titre, Tumbao, est une nouvelle occasion pour la Failde de briller. La vidéo est un irrésistible cartoon dans lequel les membres du groupe embarquent dans une voiture à remonter le temps et appellent à la rescousse des grandes figures de la musique cubaine : Arsenio Rodríguez, Benny More, Juan Formell et bien entendu Miguel Failde.

Le lancement de Failde con Tumbao fut perturbé par l’actuelle crise sanitaire. Mis en ligne l’été dernier, l’album s’enrichira ce mois d’avril de deux titres : Luna Sobre Matanzas de Celia Cruz, et Nereidas, une œuvre du compositeur mexicain Amador Pérez Torres « Dimas ». Une sortie physique est prévue pour mai. Le même mois verra la parution d’un quatrième enregistrement. « Joyas ineditas » s’annonce d’ores et déjà exceptionnel puisqu’il présentera des œuvres inédites de Miguel Failde et Aniceto Díaz, l’auteur du danzonete Rompiendo La Rútina.

Un flûtiste, plutôt beau garçon, qui rêve de remettre tout un pan de la musique cubaine au goût du jour, comment ne pas penser à Johnny Pacheco, le cofondateur, récemment disparu, du label Fania qui popularisa la salsa ? Ethiel Failde possède la même intelligence artistique, le même sens du marketing musical.

Album, radio, concerts, vidéos : Depuis un an, le petit prince du danzon est omniprésent sur les réseaux sociaux. On ne serait pas surpris de voir à l’issue de la pandémie l’Orquesta Failde briller sur la scène internationale.

« Miguel Failde a donné sa forme définitive au danzon »

Alejandro Falcón est un des pianistes les plus en vue de La Havane. Le musicien, qui collabore avec l’Orquesta Failde depuis sa création, a lui-même consacré un album au danzón intitulé Cuba Now Danzon.

Alejandro Falcón, en tant que pianiste, compositeur, arrangeur, qu’est-ce qui vous a intéressé dans le danzon ?

J’aime le danzon parce que c’est un genre qui exige une grande virtuosité dans l’interprétation, tout particulièrement dans les improvisations de flûte et de piano, parce qu’il a eu une grande influence sur la musique classique et plus tard sur le jazz, et enfin parce qu’il a bénéficié de développements harmoniques importants tout au long de son histoire.

Miguel Failde est généralement considéré comme le créateur du danzon. Qu’en est-il ?

Cette musique, avec toutes ses caractéristiques était jouée depuis des années, mais avec ses compositions, Miguel Failde a donné à sa forme au danzon. Miguel Failde est celui qui lui a donné sa forme définitive, notamment avec Las Alturas de Simpson, qui est considéré comme le premier danzon.

Vous collaborez régulièrement avec Ethiel Failde. Que pensez-vous de son approche ?

Je travaille avec Ethiel depuis plus de dix ans. Quand il a créé son orchestre, il m’a demandé un danzon original et j’ai composé Monserrate, que j’ai dédié à l’Ermitage de Monserrate, un des beaux endroits de la ville de Matanzas d’où je suis originaire.

Ensuite, nous avons commencé un travail commun sur tous ses albums auxquels j’ai participé en tant que compositeur, arrangeur et pianiste invité. Je suis enchanté du travail formidable qu’il réalise pour la défense du danzon.

Quels sont les autres compositeurs qui ont marqué le danzon ?

De nombreux compositeurs ont marqué le danzon de leur empreinte tout au long de l’histoire de la musique cubaine comme Antonio María Romeu ou Abelardito Valdés. Depuis des années, les pianistes de jazz ont adopté le danzon et l’ont introduit dans leur répertoire.

C’est le traitement que vous avez appliqué au danzon votre album Cuba Now Danzon

Comme je le disais, mélanger le danzón avec des influences de jazz, tant sur le plan mélodique qu’harmonique, est une tradition déjà ancienne dans le jazz cubain. De Frank Emilio au Maestro Chucho Valdés (une de mes idoles), Bebo Valdés, Emiliano Salvador, Gonzalo Rubalcaba, de nombreux pianistes l’ont fait avant moi.

J’ai appris de toutes ces influences. En écoutant énormément de danzones, j’ai développé mon approche personnelle. Ça m’a beaucoup aidé d’avoir joué pendant cinq ans dans Otra Vision, le groupe d’Orlando « Maraca » Valle, avec lequel j’ai tourné dans le monde entier.

Pour vous, tout est miscible dans le jazz ?

Le jazz est le genre de l’improvisation, de la créativité et de la liberté. Il a influencé toutes les musiques du monde. Dans mon nouveau DVD Jazz con Guaguanco, nous mélangeons le jazz avec la musique de Los Muñequitos de Matanzas. Nous venons de le présenter à l’édition 2021 en ligne de Jazz Plaza. Il a reçu un accueil formidable.

Orquesta Failde : Failde Con Tumbao (2020, Egrem)

Alejandro Falcón : Cuba Now Danzon (2014, Colibri Records)

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